jeudi 1 décembre 2011

Instrumenter les tuteurs à distance pour faciliter leurs interventions. Par Jacques Rodet

Les tâches des tuteurs à distance les amènent fréquemment à avoir des interventions similaires en direction des apprenants d’un même dispositif mais également parfois au sein de plusieurs dispositifs. Par ailleurs, le tuteur à distance doit pouvoir resituer aisément un apprenant auprès duquel il réalise une intervention : quels échanges ont-ils déjà eu ensemble, où l’apprenant en est-il de son parcours, comment s’était conclue l’intervention précédente, etc. Enfin, le tuteur à distance peut plus aisément gagner en compétences dès lors qu’il porte un regard réflexif sur sa pratique et qu’il peut échanger sur elle avec d’autres tuteurs.

Il n’est pas rare, lors d’échanges que j’ai avec des tuteurs à distance, que je constate qu’ils ne disposent que de très peu d’instruments relatifs aux cas cités. Ceci souligne un manque de prise de conscience certain des institutions qui les emploient sur la manière dont elles pourraient non seulement leur fournir de l’aide mais également les rendre plus efficients dans l’exécution de leurs interventions tutorales. Dès lors, les tuteurs sont dans l’obligation de « bricoler » leurs solutions. Si le bricolage possède de nombreuses vertus - et la première n’est-elle pas de mettre en situation les tuteurs de trouver par eux-mêmes des solutions opérationnelles ? - il semble que des alternatives plus rationnelles, alors même que certains ont évoqué l’industrialisation du tutorat, devraient être mises au point.

Capitalisation des interventions tutorales
La forme la plus courante de capitalisation des interventions tutorales est la conception d’une FAQ. Souvent disponible à travers un forum, un wiki ou une simple page html, la FAQ regroupe de manière thématique les principaux cas et questions ainsi que les réponses apportées. Il est à noter que les FAQ sont souvent réalisées à destination des apprenants mais beaucoup plus rarement à l’intention des tuteurs. Il serait pour autant intéressant de retrouver au sein d’une FAQ les cas les plus récurrents auxquels un tuteur à distance est confronté. Toutefois, une FAQ peut rapidement être rendue peu utilisable dès lors que la quantité de cas à y consigner s’élève. Une base de données dans laquelle des recherches puissent être réalisées à partir de différents descripteurs d’une intervention tutorale se révèlerait certainement plus adaptée. Notons qu’un travail doctoral, auquel t@d s’était associé lors de la phase de test (cf. TE-CAP) était prometteur mais ne semble pas avoir abouti à la proposition d’un outil standard à disposition des institutions ou des tuteurs. En l’état, il serait donc utile de revenir sur la définition des fonctionnalités d’un tel outil et d’envisager comment il puisse être mis à disposition (freeware, service en ligne…).

Garder la mémoire de la relation tutorale
Si l’individualisation est une promesse souvent tenue par la formation à distance, une des composantes de l’apport d’un soutien approprié aux caractéristiques personnelles d’un apprenant réside dans la mémoire que le tuteur peut conserver de la relation qu’il entretient avec lui. Si ceci ne pose pas de problèmes majeurs lorsqu’un tuteur encadre quelques apprenants, il est évident que ceci devient rapidement impossible dès que l’effectif d’apprenants se compte en dizaines ou en centaines.
Les outils qui seraient utiles aux tuteurs reprendraient certainement bien des fonctionnalités des CRM, logiciels de la relation client. D’autres, plus spécifiques aux interventions tutorales pourraient y être adjointes. Là encore, un travail de définition, de rédaction de cahier des charges serait certainement de nature à inciter les développeurs de logiciels libres ou les éditeurs à s’engager dans le développement de telles applications.

Faciliter la mutualisation entre tuteurs
Sur ce point, je ne pense pas qu’il y ait de solutions techniques à mettre au point tant les outils de communication et de collaboration à distance sont variés et pour la plus grande part facilement accessibles aux tuteurs à distance. Il y a par contre, à inciter les tuteurs mais aussi leurs institutions à s’y engager plus résolument. A côté de t@d, qui se veut davantage un réseau réunissant des personnes dont les pratiques tutorales sont variées et réalisées dans des contextes multiples, il est certainement utile que les tuteurs d’une même institution puissent mutualiser et ainsi perfectionner leurs pratiques. Ces communautés existent dans de nombreuses organisations mais leur visibilité est assez faible car il n’en ressort que très rarement des témoignages ou des articles. Aussi, je rappelle avec plaisir, que les colonnes de ce blog sont largement ouvertes à qui souhaite s’exprimer sur une telle démarche.
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